Joseph Kabila a dirigé le pays pendant dix-huit ans. Son discours présente la crise de l’Est comme si elle était tombée du ciel. Pourtant, c’est sous son règne que :
• le M23 est apparu, en 2012 ;
• des accords de paix ont été signés en 2013, sans apporter de paix durable ;
• les réseaux politico-militaires de l'Est se sont structurés.
À l’époque, des rapports de l’ONU et de la société civile pointaient déjà les failles du brassage et du mixage des troupes, ainsi que le manque de contrôle aux frontières. Son pouvoir a aussi été accusé de laisser-faire, voire de collusion, et d’avoir permis l’infiltration de certaines institutions. Revenir aujourd’hui en donneur de leçons sans reconnaître la moindre responsabilité, c’est refuser de regarder le passé en face.
La souffrance de l’Est, un « fonds de commerce » ?
Notre analyse est sévère : utiliser la douleur des populations de l’Est pour revenir sur la scène politique est un raccourci dangereux. Il inverse les responsabilités historiques et efface près de deux décennies de gestion du pouvoir. Les problèmes de l’Est ont prospéré dans l’opacité et les compromis de ce régime.
La réponse du gouvernement
Dans sa réaction, Patrick Muyaya a décrit Joseph Kabila comme « un homme du passé, nostalgique des méthodes antidémocratiques », qui « n’a rien d’autre à offrir que le chaos ». Il a assuré que le pouvoir reste engagé dans le processus de dialogue lancé par le Chef de l’État pour restaurer la paix et l’intégrité territoriale.
Ce que disent les Congolais
Sur le terrain, nos caméras ont recueilli plusieurs réactions pendant l’allocution.
• Un habitant a confié un souhait simple : voir un ancien chef de l'État faire ses courses au supermarché, et pouvoir le saluer. Il aimerait qu'un ancien président puisse vivre au milieu des siens.
• Un autre résume l'héritage de l'ex-président en une phrase : « Kabila nous a laissé les paris sportifs. »
• Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes reprochent à l'ancien président, condamné à mort par contumace, de ne pas avoir condamné l'occupation de l'Est par le Rwanda et l'AFC-M23. Certains jugent que ses propos ressemblent à ceux de Kigali. D'autres soulignent qu'il s'exprime depuis l'étranger.
Notre lecture
Le péril que décrit Joseph Kabila est réel. Mais pour convaincre, il faudrait qu’il assume ce qu’il a fait, ou n’a pas fait, pendant ses années au pouvoir. Sans cette autocritique, son discours ressemble moins à un appel au sursaut national qu’à une tentative de retour politique.
Et vous, quelle est votre lecture de ce discours ? Partagez votre avis en commentaire.
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